12mai 09 Extrait de mon
journal.
Nous marchions ensemble lorsque c'est arrivé.
Elle était à ma droite, habillée comme à l'accoutumée de son vieux jean, elle riait. C'est la dernière fois que je l'ai vu rire.
Elle, elle a 16ans, elle est plutôt grande, elle a des yeux pleins de vie et un sourire merveilleux, elle est magnifique ma petite princesse. Elle est un peu plus femme, un peu plus belle chaque
fois que je la vois. La petite puce que j'avais quitté prenait chaque fois un peu plus de grâce et d'âge... Bientôt elle aussi connaitrait les tourments de l'amour, son pauvre petit cœur serait
brisé, sans doute, avant de trouver celui qui la ferait vivre.
Je l'aimais ma sœur, je l'aimais de tout mon cœur, je ne lui disais jamais à quel point elle m'étais précieuse, tout autant que ma sœur aînée qui vivait bien loin de nous.
Je me souviens qu'à ce moment là, je lui racontais les petites anecdotes de ma vie de tous les jours, mon chéri et notre façon bien à nous de nous aimer, mon boulot, les patients, je lui
racontais tout... nous ne nous étions pas vu depuis si longtemps...
Moi, je suis sa sœur, blondinette de quelques années son aînée bien que plus petite qu'elle, plus forte aussi, néanmoins je n'ai pas à me plaindre, les yeux de mon amour sont le miroir où je me
mire, j'y suis jolie, c'est tout ce qui importe...
Nous riions toute deux de bons cœur...
Et puis en quelques minutes tout a basculé.
Oh, ce que je m'en veux!! Je ne l'ai pas senti arrivé, j'aurais du faire plus attention, j'aurai du la protéger. Elle qui n'était à mes yeux encore qu'une enfant...
Ils sont arrivés. Je me suis débattue, j'ai crié, j'ai griffé, j'ai mordu, j'ai frappé, ils m'ont frappée et je me suis évanouie.
Nous étions deux pourtant, deux femmes, ensemble, nous étions deux.... nous avons été enlevées, ensemble...
Il fait sombre ici, la pièce dans laquelle nous sommes enfermée est toute petite, elle n'a pas de fenêtre, elle sent l'humidité, l'urine, le sang et la peur, on dirait que les murs poreux ont
retenu l'angoisse autant que les taches de sang.
Elle est a coté, elle a des bleus sur le visage, le sang coule de diverses blessures. Elle souffre, cela se sent, elle n'ose pas pleurer, elle n'ose pas bouger. J'ai peur, je ne veux pas lui
montrer, je sais qu'elle aussi a peur, je dois être forte pour elle. Je suppose que je n'ai pas été épargnée, je ne sens rien, je ne ressens que sa peur, plus forte que tout. J'essaye de lui
parler, ma voix n'est qu'un murmure à peine audible, ça va aller je lui dis, ça va aller... ma voix sonne faux mais qu'importe, plus rien n'a d'importance en cet instant, que le fait que l'on
sorte, qu'elle aille mieux, que je me réveille de ce cauchemar.... mais le cauchemar est bien réel.
Au sol deux couvertures miteuses, je me déplace jusque sur l'un des deux. Elle sent le sang, l'humidité, le sexe. Mes mains sont pleines de sang elle aussi, je sens les croutes sur mon visages
qui me tire la peau, mes genoux sont écorchés, mes jambes couvertes d'hématomes. Oui bien sur qu'ils m'ont aussi frappée.
Les jours se suivent et se ressemblent, ils entrent, nous sommes dans un coin, ma sœur derrière moi, je frappe, ils frappent, je griffe, je mord, je donne des coups de poing, je me sens animale,
comme quand j'étais enfant et que je devais me défendre, quand je frappais de toutes mes forces jusqu'à l'épuisement pour survivre. J'avais oublié depuis tout ce temps que l'on ne pouvait pas
faire confiance à l'homme... Je m'évanouis, chaque fois. Je ne veux pas savoir ce qu'il se passe ensuite. Je me réveille, je sens la mort, je sens l'homme. Je frotte mon corps jusqu'à le faire
rougir pour effacer l'odeur, je frotte de toute mes forces avec la terre qu'il y'a dans un coin de la pièce.
Peu à peu je frappe moins, peu à peu j'apprends a mieux protéger ma sœur, je ne peux pas toujours. Je sais que lorsqu'ils nous séparent il lui arrive la même chose qu'a moi, elle aussi ils la
frappent, elle aussi il la viole. Chaque jour qui passait, je hurlais de douleur, comme un animal blessé, et chaque fois je me débattais. Peu à peu j'ai appris à ne plus hurler, je n'en avais
plus la force. Je voulais pourtant revoir la lumière. Même lorsqu'ils nous emmenaient à la douche, ils nous bandaient les yeux... ils nous jetaient la, avec un savon dans les mains, riant de nous
voir nous débattre ainsi, nue...
J'avais mal. Tout mon être hurlait chaque jour sa souffrance. Et même si je savais que l'on pouvait contrôler la douleur puisque je le faisais depuis longtemps, ils ne s'agissait pas à ce moment
que de la douleur physique, mais plutôt d'une douleur morale qui me rongeait de l'intérieur, absorbant toutes mes forces. Peu à peu de cette douleur, j'en ai fais une force, force brutale,
violente, pour frapper plus fort, plus juste.
Je les haïssaient. Une haine féroce, sauvage. Je voulais les tuer, les regarder souffrir lentement jusqu'à la mort. Mais je n'étais pas seule, il fallait d'abord penser à ma sœur, elle comptais
plus que la vengeance....
Vengeance... vengeance pour m'avoir pris ma vie, pour avoir souillé mon corps et le sien, pour nous avoir humilier chaque jour, vengeance pour nous avoir frappé, vengeance pour avoir pris ce que
j'avais offert à celui que j'aimais, vengeance pour m'avoir détruite...pour l'avoir détruite...
Et puis un jour deux autres filles sont arrivées, elles ont été jetées la, inertes, devant nous.
J'ai été attrapée et jetée dehors, agrippée a la main de ma sœur comme si nous étions soudées. A ma plus grande surprise, ils n'ont pas tenté de nous séparer. Toutes éblouies que nous étions, ils
nous ont emmenées plus loin dans une autre pièce, plus grande. Mes yeux se sont peu à peu habitués a la lumière de la pièce. Une fenêtre en hauteur , fenêtre sans poignée mais qui laissait entrer
la lumière du jour. Couvertures, 4 matelas au sol, des vêtements, du maquillage, un miroir, une douche dans un coin, des toilettes... nous sommes jetées là.
Je l'ai prise par la main et en silence je l'ai guidée jusqu'au lavabo, j'ai nettoyé ses blessures comme je pouvais, à l'eau courante. Nous nous sommes regardées comme si nous nous voyions pour
la première fois, ils nous avaient tellement abimées... nous n'étions plus les mêmes.
La haine en moi pris à ce moment toute son ampleur, ils nous avaient brisé, ils avaient brisé ma petite sœur, autant physiquement que mentalement. Je la ramènerais chez nous et je reviendrais les
tuer, il fallait que je reprenne des forces, que je la fasse sortir, après je m'occuperais d'eux, ils allaient payer.
Épuisée pourtant, je m'endormis sans plus attendre, recroquevillée dans un coin de la pièce, loin des couvertures sales et de leur puanteur. En cet instant, je me sentais plus animale qu'humaine,
ils avaient tué mon humanité.
Cette nuit là, j'ai rêvé pour la première fois depuis notre capture, j'ai rêvé que nous arrivions a nous enfuir, que je ramenais ma petite sœur chez nos parents, qu'ils étaient heureux de nous
revoir, qu'ils nous avaient cru mortes... et j'ai pleurer en silence de ne pouvoir me présenter à nouveau, après cela, devant celui que j'aimais. Plus jamais je ne pourrais regarder dans les yeux
cet homme alors que mon corps était meurtri et souillé. Jamais plus rien ne serait pareil, jamais plus rien ne serait comme avant.
Nous avons été réveillées à l'aube, 2 autres filles dans la « chambre » riaient en se maquillant. J'ai voulu les tuer elles aussi, comment pouvaient elles rire encore? Où trouvaient elle la force
de maquiller leurs hématomes en riant?
Puis deux hommes sont entrés, ils nous ont frappé, mais pas au visage cette fois, ils nous ont demander de nous laver et de nous maquiller. J'ai grogné, (cela faisait longtemps que je ne parlais
plus qu'a ma sœur) j'ai griffé, j'ai mordu, j'ai frappé. Une baffe. J'ai continuer, des coups plus forts, le premier homme s'est mis à tituber devant moi, je me suis jetée dessus, j'ai frappé de
toutes mes forces, l'autre est arrivé. Un coup de poing dans le ventre. J'ai vomi. Le temps de me relever, il m'a attrapé a la gorge, m'a déshabillée et m'a jetée sous la douche. Je n'avais plus
la force de bouger, je suis restée là, recroquevillée, l'eau coulant sur ce corps que je ne reconnaissais plus. A coté, ma sœur, nue. Plus disciplinée elle se lavait.
Ils m'ont attrapée par le bras, m'ont jetée sur le sol et m'ont lancé une serviette et des vêtements: minijupe-talon. Que croyaient-ils? Que j'allais faire ça? Apparemment oui... ils m'ont
ordonné d'aller me maquiller. Je n'ai pas bougé. Coup de pied. Il a répété son ordre. Je n'ai pas bougé. Coup de poing. J'ai mal au crâne, je n'arrive plus a bouger, les coups pleuvent. Je
m'évanouis.
L'eau sur moi me réveille, je suis de nouveau sous la douche, ils lavent mon corps inerte, je suis incapable de bouger. Ils me déposent sur le sol, ils partent.
Ils reviennent, m'ordonnent d'aller me maquiller. Je titube jusqu'au miroir. Ils partent.
Ils reviennent; ils m'ordonnent de mieux cacher mes hématomes, ils me frappent aux tibias, aux cuisses. Je dois cacher mes bleus au visage et au cou. Je me maquille.
Cela leur convient. Ils nous emmènent.
Ils sont trois, 3 hommes encadrant 4 fantômes à l'apparence humaine. Les yeux bandés nous grimpons dans uns camionnette, un hommes monte avec nous, les deux autres à l'avant.
Ils s'arrêtent, nous descendons. Ils nous laissent nous balader alentours pendant que les deux autres filles partent, mais pas question de s'enfuir. Je tente quand même, ils ont frappé.
Lorsqu'elles sont revenues, elles ont donné de l'argent, nous sommes repartis pour changer de lieu et ainsi de suite.
Nous sommes rentrés.
Quelques jours se sont déroulés ainsi, je voyais ma sœur se balader à mes cotés, l'air vague, le regard à l'infini comme si elle n'habitait plus son corps. Moi, je nourrissais ma haine, je volais
par ci par là de quoi manger , prendre des forces, nourrir ma petite sœur. Ils ne nous donnaient presque pas a manger, nus devions rapporter, pas leur coûter. J'avais peur qu'elle accepte son
sort, qu'elle s'y habitue, qu'elle abandonne son corps, qu'elle soit déjà trop blessée pour se relever. J'avais peur.
Chaque jour qui passait je cherchais un moyen de nous enfuir, je ne me faisais plus prendre, j'avais appris à ne rien laisser paraître. Peu à peu je devenais plus forte.
Un jour, un homme est entré dans notre « chambre », nous ne l'avions jamais vu. L'inconnu s'est assis à la petite table au centre de la pièce. Il nous a parlé. Cela faisait tellement longtemps
que personne ne nous avait parlé autrement qu'en nous frappant... J'étais recroquevillée dans un coin comme a mon habitude, le dos contre un mur, position stratégique pour éviter les coups... Je
me suis levée, par curiosité je me suis approchée, il m'a regardée et il a continuer de parler dans le vide. J'étais étonnée, il m'avait vue mais ne m'avait pas frappée...
Je me suis assise à distance sur la chaise en diagonale de lui, la encore pour éviter au maximum les coups s'il en donnait, entre lui et ma sœur, ainsi s'il frappe, il me frappera en premier et
ne pouvant m'atteindre en restant assis,il serait obligé de se lever auquel cas j'aurais le temps de réagir avant lui...
Rien. Il est parti.
Il est revenu le lendemain, il a amené de la poudre blanche, il voulait que l'on partage avec lui. Tentée, j'ai refusé, j'ai grogné. Elle, elle a accepté, elle a tendu la main vers la poudre,
j'ai grogné.
Elle a reculé sa main en silence. Il est parti laissant le reste sur la table.
Les deux autres filles se sont précipitées dessus. Ma sœur voulait aussi. C'est quoi a-t'elle demandé. Drogue, cocaïne. Deux mots dans un murmure, je n'avais pas parlé depuis bien longtemps. 2
mots... elle était tentée, autant que moi si ce n'est plus, nous savions que cela nous ferait oublier les coups, la peur et les hommes, mais je savais que derrière cela se cachait quelque chose
de bien plus vicieux. Ils s'achetaient notre docilité, ils nous feraient sentir le manque et nous reviendrions les voir. Non!! nous n'y toucherions pas. Il ne fallait pas avoir confiance, on ne
pouvait faire confiance à personne! Personne!
J'ai ouvert le petit sac pour y remettre la poudre blanche. Avec un air de défit sur le visage, je l'ai vu prendre la drogue, sniffant la poudre libre et gobant le petit sac dans un seul geste...
elle n'y connaissait rien sur les drogues... elle a fait cela devant moi, vite fait, comme ça, comme pour que je n'ai pas le temps de réagir. Je l'ai attrapé par les cheveux, je l'ai trainée
jusqu'au lavabo, j'ai renversé sa tête en arrière et je l'ai obligée à avaler de l'eau par le nez pour laver la poudre. J'espérais que cela ai un effet. Elle a failli s'étouffer en refusant. Je
l'ai frappée. Moi, sa propre sœur, je l'ai frappée... elle s'est laissée faire, manquant de s'étouffer. Je l'ai regardée dans les yeux, elle pleurait, je l'ai retournée et j'ai appuyer de toute
mes forces sur son ventre, juste au milieu, en dessous des dernières cotes. Elle a vomi. Je savais que cela devait lui bruler l'œsophage, nous n'avions rien mangé depuis assez longtemps.
Qu'importe, elle a recraché le petit sac encore ouvert. Je l'ai pris, je l'ai jeté sous la douche et j'ai fait couler l'eau dessus jusqu'à ce que la poudre disparaisse emmenée par le courant.
J'ai attrapé ma sœur a son tour et je l'ai déposée sous la douche, laissant l'eau couler sur elle. Pour la première fois depuis longtemps, c'est avec une voix forte et assurée que j'ai parlé.
J'ai demander aux deux autres si elles pouvaient se débrouiller pour lui trouver une morceau de pain, que la mie absorbe l'acidité. Oui elles pouvaient. Elles lui ont donné.
Je me suis recroquevillée dans mon coin, j'ai dormi.
Il devenait urgent que je nous fasses sortir, elle ne tiendrais pas plus longtemps.
Les jours suivant, ce fut notre tour de ramener de l'argent. Nous partions toujours a deux avec un homme et nous devions ensuite « travailler » seule. Je faisais le boulot pour nous deux. Je ne
voulais pas qu'elle eut à faire ça.
L'inconnu est revenu quelques jours plus tard, il est entré, a fermé la porte que lui seul pouvait ouvrir de l'intérieur car il n'y avait pas de poignée. Je suis arrivée derrière lui, je l'ai
attrapé, je l'ai mordu à sang, je l'ai griffé, frappé, j'ai cassé son genou droit et quelques cotes et démis son épaule, déchiré la peau de ses joues et de son cou avant de l'étouffer. Il a hurlé
de souffrance, il m'a frappé. J'ai aimé, j'ai pris plaisir à la voir souffrir, à entendre ses os craquer sous mes coups, j'avais les mains et les dents pleines de son sang. Ils sont entrés, ils
m'ont frappée, jusqu'à ce que je le lâche, et ils ont frappé, encore et encore jusqu'à ce que je m'évanouisse.
Les jours ont passé, j'attendais le moment propice pour emmener ma sœur loin de l'enfer. Et le moment tant attendu est arrivé. Nous devions revenir d'un travail, l'homme qui nous accompagnait
nous avaient laissé sur le trottoir d'en face pour aller pisser. Il nous surveillait de loin nous sachant également dans l'angle de vision de ces deux « collègues ». Un camion est passé, nous
cachant à leur vue à tous les trois. J'ai attrapé ma sœur par la main et je l'ai tirée derrière moi. Nous avons couru ainsi, d'abord cachée par le camion puis a la vision de tous mais déjà loin.
Nous avons couru longtemps sans nous arrêter, sans reprendre notre souffle. J'entendais au loin les hommes qui couraient, il fallait aller plus vite! Elle est tombée, je l'ai relevée, me plaçant
d'emblée derrière elle au cas ou ils seraient plus près que ce que j'avais imaginé. Ils ne nous ont pas rattrapé. Nous avons couru jusque dans une petite ruelle que j'avais remarquée il y avait
déjà quelque jours. J'avais remarqué un homme, un sdf qui était descendu la, dans les entrailles de la ville. J'ai attrapé la petite et je l'ai obligée à descendre l'échelle. Par dessus nous j'ai
refermé la plaque. Du bruit, des pas et puis plus rien. Nous sommes restées accrochée ainsi à l'échelle longtemps, de peur qu'ils repèrent le moindre bruit, nous n'osions même pas respirer.
Enfin, je fis un geste, tout en douceur pour éviter que l'on entende. Et tout doucement nous sommes descendues. L'échelle puis l'escalier. Nous nous sommes cachées dans un renfoncement, serrées
l'un contre l'autre. Je pensais à elle, à mon aimé, à nos parents. Je m'en voulais de ne pas avoir repéré ou nous avions été enfermées, j'aurais pu sauver les autres, j'aurais pu retourner les
bas les tuer un à un...
Nous avons dormi là, épuisées d'avoir couru, la peur au ventre et l'estomac vide.
Bien sur nous allions rentrer maintenant, ne restait qu'a savoir où nous étions, me débrouiller pour la ramener, ne faire confiance à personne, jamais!
Plus jamais rien ne serait comme avant. Plus jamais...
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