Partager l'article ! texte écrit en Avril 2009, long mais pas trop mal.: Et toutes les nuits la même histoire, chaque fois que le noir env ...
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Et toutes les nuits la même histoire, chaque fois que le noir envahit la chambre, toutes les nuits la peur, toutes les nuits avec un peu plus de détails.
Tous les matins, avant même le lever du soleil, seule dans son lit trempé de larmes elle répétait sa prière, elle ne voulait plus voir cela, elle voudrait retrouver ses cauchemars d'avant, ses cauchemars d'enfant où punie injustement par le pouvoir maternel ou poursuivie par un monstre elle se réveillait en sursaut. Cauchemars alors vite oubliés...
Journal intime, avril 2009
Première fois que je l'avais fait il était incomplet, incohérent... et voilà qu'il se faisait de plus en plus vrai, de plus en plus prenant. Comme d'habitude ce matin je me suis réveillée en pleurant, comme d'habitude au même moment. Comment pouvais je imaginer telle atrocité? Pourquoi mon esprit me faisait il endurer telle souffrance? D'où venaient donc ces images, ces sensations d'une réalité saisissante?
Je sens encore la peur, le sang, le poids des corps; le silence, dans la bouche un goût amer, un goût de bile, la nausée, le dégout de la mort, la peur. J'ai mal physiquement, je me réveille toujours plus ou moins dans cet état après ce cauchemar, mais cette fois c'était vraiment horrible, j'ai mal pas seulement dans mon âme mais dans tout mon corps, une douleur musculaire profonde et véritable, j'ai mal aux bras, des écorchures sur le corps, des bleus aux jambes, je ne me souviens pas m'être blessée hier. Je ne me souviens pas...
Je me souviens le bruit assourdissant des balles qui anéantissent tout ce que dans mon rêve j'avais connu et le silence qui s'ensuit. Je me sens seule, personne ne peux comprendre s'il n'a ressenti cette sensation.
Je n'avais pas été la seule à m'être réfugiée dans la fontaine. Celle ci avait été détruite il y avait déjà bien longtemps mais le village s'était opposé a sa reconstruction. (Je continuais a dire le village bien que celui ci se soit bien étendu en quelques années). Elle était restée en l'état après les dernières attaques, monument mémoire du village depuis 2 générations déjà. Personne n'y faisait plus attention parmi les jeunes mais aucun n'osait s'en approcher, le respect de l'histoire était ancré en nous depuis notre plus tendre enfance. J'avais pensé que les pierres tombées ça et là me dissimulerait, j'avais pensé que personne n'aurait osé faire de même. Je n'étais pas seule. D'autres gens du village étaient là, beaucoup d'enfant, des jeunes des moins jeunes, quelques adultes.
J'avais l'impression d'être dans un rêve, je ne comprenais même pas comment j'avais pu arriver jusque là. Ma mémoire semblait s'être bloquée quelques heures en arrière, l'instinct avait pris le dessus. Je ne comprenais pas ce qui s'était passé. Pourquoi m'être réfugiée ici d'ailleurs? Comment avais je pu leur échapper? D'ailleurs eux qui étaient ils? J'essayais de revoir ce qui étaient arrivées, par bribes des images me revenaient.
Je me souvenais de la veille, je me souvenais de la maison si calme, les parents sortis, absent, mon frère en ville. Et lui... j'avais désobéi, nous le savions tous les deux, et ce soir là avait un joyeux goût d'interdit. Je me souvenais chacun de ses baiser, l'odeur de sa peau, de chacune de ses caresses, je me souvenais de ma peau frissonnant sous ses mains et de son souffle tiède sur mon visage. Je me souvenais de ces trois petits mots qu'il m'avait murmurer à l'oreille, s'allongeant contre moi, apaisé. Je me souvenais de l'amour que je lui portais et la crainte qu'il finît par se lasser. Tout cela je m'en souvenais, je l'avais gravé en moi, c'était la dernière fois que je l'avais vu. Il n'étais pas resté, mes parents étaient rentrés plus tôt que prévu et il avait préféré me laisser seule, pourvu que ceux ci ne se soient rendu compte de rien. Ma mère, comme toutes les mères avait pressenti ma désobéissance et s'était hâté de rentrer. Voilà qu'elle avait compris ce qui s'était déroulé en son absence. Je me souviens la confusion que j'avais ressenti, la honte qu'elle ait pu me surprendre, j'acceptais les remontrances bien méritées sans protestation. J'avais bien mérité le courroux du pouvoir parental après tout... Je ne me souviens pas de ce qu'elle a dit, mon esprit accompagnait l'aimé par delà les hauts murs de la maison, dans les rues de terre battue et de pavé par lesquelles il devait sans doute passer pour rentrer.
Je me souviens d'une impression, mauvais pressentiment, quelques chose n'allait pas ce soir, mais quoi? Je me souviens le bruit peu de temps après, c'était la porte de derrière, la grande porte en bois qui tenait jusqu'alors par on ne sait quel miracle qui était tombée. Je coupais le monologue parental pour exprimé mon inquiétude, quelque chose n'allait pas j'en était sure, le vent n'avait pas fait tomber la porte, quelque chose d'autre, de beaucoup plus inquiétant que le vent qui souffle à cette période depuis les collines de sables emportant avec lui le brouillard sableux qu'ici nous connaissions tous. Non ce soir le vent de sable n'arrivait pas seul.
Je me souviens avoir lu dans les yeux de ma mère une ombre d'inquiétude. Il faudrait réparer la porte demain avait elle dit avant de quitter la pièce.
Je me souviens m'être levée sans savoir pourquoi, je ne me revois pas m'habiller mais il fallait bien que je l'ai fait puisque je portais sur moi une longue chemise par dessus un sarouel beige sable. Couleur idéale pour se dissimuler sous les pierres recouvertes de sable de la fontaine. Je ne me souviens pas comment je suis sortie, je me souviens juste me trouver là a peine habillée dans le vent frais de la nuit, devant la porte tombée a terre, regardant avec de grands yeux ahuris la tache sombre qui s'étendait dessus.
A partir de ce moment je ne me souviens plus de grand chose, du bruit derrière au loin vers la porte avant de la maison, des coups, des tirs, des cris, la peur. J'ai couru sans savoir pourquoi, loin des cris, loin de tout, j'ai couru dans les rues de mon enfance, les pieds nus sur la terre battue, tombant, me relevant, m'écorchant sur les pavés, j'ai couru au hasard, perdue dans ce lieu que je connaissais pourtant si bien. J'ai croisé d'autres gens courant comme moi, j'ai croisé d'autres maisons emplies de cris et de tirs. J'ai couru entre les tirs, entre les cris, dans la souffrance, j'ai mal, le sable s'infiltre dans chacune de mes blessures, mes pieds sont plein de sang, le mien, celui d'autres.
Je me souviens avoir croisé mon frère, seul dans l'angle d'un mur, hébété. Je me souviens l'avoir tiré vivement derrière moi. Je me souviens sa peur. Nous ne nous sommes rien dit, lui non plus ne comprenait pas. Nous avons couru ensemble. Je me souviens d'être attrapée brutalement par le bras, je me souviens le regard de mon frère, j'ai mordu de toutes mes forces, je griffé chaque morceau de peau qui dépassait. On m'a lâchée. J'ai peur, je cherche le regard de mon frère, il n'en sait pas plus que moi, quelqu'un lui a tendu un fusil, nous sommes apparemment du bon coté. L'homme que j'ai mordu peste derrière moi, je ne cherche pas a m'excuser, l'heure n'est plus aux excuses. La peur se lit sur tous les visages, personne ne parle, certains ont des fusils, d'autres des pioches, des fourches, je ne comprends pas. Quelqu'un me pousse, je me laisse faire, on me tire en arrière. De nouveaux des tirs, des cris, de la poussière, l'odeur du sang se mêle a celle du sable et de la poudre. J'ai peur, je voudrais retrouver celui que j'aime, où est il que fait il? Est il rentré jusque chez lui? S'est il caché quelque part? Silencieusement je pris pour lui, je refuse qu'il ai pu lui arriver quelque chose, je vais le retrouver quand tout ce qui se passe sera terminé, il n'y est pour rien lui, il n'a jamais rien fait de mal, il ne peux pas être tué, on se retrouvera et il me prendra dans ses bras pour me réveiller de ce mauvais rêve, j'en suis sure. Je ferme les yeux très fort, je me dis que je vais me réveiller, qu'il sera à mes coté et m'embrassera en me demandant de lui raconter mon cauchemar et d'un sourire il chassera les méchants... mais non, j'entends toujours le bruit des balles et les cris, le sables qui s'infiltre dans mes vêtements et brule la peau est bien réel. J'ai peur. Je me relève, je cours.
Voilà comment je suis arrivée là. Réfugiée entre les pierre, la peur au ventre. Mes muscles sont tendus, mon cœur tambourine a mes oreilles. J'attends. Je vois d'autres gens cachés ça et là entre les pierres, je ne suis pas seule. Eux non plus ne comprennent pas, personne ne comprend.
Du bruit, des pas, je vois les pieds de gens que je connais, je vois le bout des fusils, je voudrais me lever, aller avec eux mais les fusils me font peur, je ne bouge pas. Ils choisissent un garçon dans la foule, c'est un ami de mon frère, il lui demande de faire le tour de la fontaine et de désigner tout ceux qu'il y verra caché. Il refuse. Le bout du fusil se relève. Les cris, le bruits, la poussière, l'odeur du sang, le silence.
C'est au tour d'un autre enfant, plus jeune, il s'exécute, désigne ceux qu'ils voient. J'ai peur, je prie de toutes mes forces pour ne pas être vue. Un à un l'enfant désigne ceux qui se sont réfugiés là, un a un ils ont été obligés de se lever, leur corps offert aux balles et un à un ils sont tués. Incapable de bouger, j'attends mon tour. Il ne vient pas. Des ordres sont aboyés, les gens doivent aller sur les pierres de la fontaine, je vois des jambes qui passent ça et là, je vois des fusils qui encerclent le groupe. Ceux qui essayent de se cacher son tués de suite.
De nouveau le silence, personne ne bouge, les inconnus aux fusils font le tour de la fontaine, ils essayent de repérer ceux qui auraient désobéi aux ordres. Je ferme les yeux très fort, je bouge très doucement, je me faufile entre les jambes pour mieux me cacher. Aucun ne me dénonce, je suis étonnée. Tous bouge imperceptiblement pour me permettre de me cacher entre eux, ils n'ont pas cillés, ils n'ont rien dit. Tous ces gens avec qui j'ai vécu jusque là, tous ceux que j'aime, ces gens, mon peuple, mes amis, mes voisins, tous se taisaient pour que quelque uns puissent survivre. Je sentais leur peur, leur volonté de nous cacher.
Je me souviens le bruit assourdissant, les balles, la peur, le sang, le poids des corps et le silence qui s'ensuit. Je me souviens l'envie de me lever, de me débarrasser de tout le sang qui me recouvrait, le sang de ceux que j'aimais et qui m'avaient aimé. Leur sang se mélangeait en un petit ruisseau couleur rubis qui coulait depuis le fontaine en hauteur vers les maisons du village.
J'aimerais me réveiller vite. Courir loin de là, enlever mes vêtements imbibés de liquide rougeâtre, me laver, vite.
Je me souviens la peur que l'homme que j'aimais n'ai pas eu la même chance que moi, lui qui avait du partir dans la nuit pour que l'on ne nous voit pas ensemble. Je regrettais ce geste idiot d'enfant, je préférerais en cet instant que tout le monde le sache mais qu'il soit là.
Il y avait eu le bruit, il y avait le silence. Je m'en voulait maintenant d'être partie comme ça, je ne m'étais même pas retournée, je n'avais pas cherché a aider mes parents, a savoir ce qui s'était passé, peut être les avais je abandonnés a la maison, blessés, incapable de bouger et attendant une mort lente mais certaine. La peur avait pris le dessus, j'avais fuis, lâchement, abandonnant ceux que j'aimais. La honte m'envahit, le dégout de moi même. Je n'avais même pas persévérer a retrouver la trace de mon aimé, je ne l'avais pas revu, pas croisé. Comment avais je pu l'abandonner lui? Et mon frère, où était il en cet instant? J'avais honte, j'aurais du mourir avec eux, avec tous ceux que j'aimais. J'aurais du... Des larmes silencieusement coulent, se mêlent au flot de sang, j'étouffe, de peur de honte, j'étouffe sous le poids des corps qui me recouvrent, le sang s'infiltre dans mes narines colle mes cils et mes cheveux. Je me dégoute, la nausée me prend, je ne veux pas être en vie. Comment pourrais je me pardonner un jour de vivre alors qu'eux sont morts, alors que LUI est mort? Je l'ai laissé mourir, seul, loin de mes bras, loin de mes yeux. Les larmes, le sang, la peur...
la nausée me réveille brutalement...
Je pleure toujours, des larmes silencieuses coulent sur mon oreiller, je tremble, j'ai peur, dans la bouche un goût amer, l'odeur du sang ne me quitte pas. J'ai mal. Je vérifie mes bras, mes jambes, des bleus, des écorchures, j'ai du taper contre le mur en dormant. Dehors un oiseau chante, signe de vie, signe que le cauchemars n'est qu'une imagination. Rien n'a perturbé la nuit, tout le monde dors encore. Je voudrais tant la chaleur rassurante de ton corps en cet instant, j'en ai besoin. Un de tes doux baiser, un câlin, du réconfort. J'ai tellement mal, tellement peur.
Encore un matin ou je me lève avant même le lever du soleil, tremblante, terrorisée, je voudrais que tu sois là, que tu chasse tout d'un sourire, toutes ces atrocités. J'ai besoin de te voir bien en vie, que tu me prenne dans tes bras pour que j'oublie la moiteur du sang, l'odeur de la mort, le poids des corps et le silence. Mais tu n'es pas là et je pleure juste en attendant que le vie reprenne son cours.
Encore tremblante je suis descendue à la cuisine passer de l'eau sur mon visage, j'ai frotté mes joues pour enlever le sang séché qui semblait coller encore. Des larmes coulaient sur mes joues. Je suis sortie, j'ai attrapé la pelle et j'ai continuer de creuser la fosse devant la maison où plus tard nous planterons les arbustes. Tremblante de peur et de fatigue, je me suis assise la, j'ai enfouie mes mains dans la terre froide et humide, respirant la douce odeur de la terre. Peu à peu je me suis apaisée, peu à peu la peur m'a quittée, mes muscles se sont détendus, mes tremblements se sont atténués, mon cœur s'est ralenti, mes larmes se sont taries. L'odeur du sang et de la mort se sont éloignées.
Il reviendra bien sur, je le sais, je le sens, il reviendra une fois de plus, plus précis, plus fort... Je me réveillerai une fois de plus,tremblante, seule, avec mes bleus et mes écorchures, le coeur battant aux tempes. Il reviendra...
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