Le 12 février au matin elle s’est levée, morose. Une fois de plus elle avait fait un cauchemar, pas bien violent cette fois au moins. Une fois de plus elle
s’est levée, seule, encore . . . comme tous les matins elle est allée se peser, se laver le visage, se maquiller correctement… comme tous les matins elle a dit à son reflet qu’il n’était pas
encore à la hauteur de ses espérances. On lui avait enseigné la perfection, elle se devait de l’être dans au moins un domaine…
Quand elle s’est dit qu’elle ressemblait à quelque chose, elle a attaché un couteau à sa cheville et elle est sortie faire ses courses… Anne-Lou tenait une fois
dans sa vie à savoir si le romantisme d’autrefois était si joli… elle voulait une soirée parfaite.
Et puis une fois rentrée elle a tout posé dans un coin et elle est partie se refugier dans ses dessins, dans son travail, mais rien ne comble le trou béant
qu’elle a pourtant elle-même créé…
Non, elle ne doit pas y penser… Elle se répète qu’elle s’en fout qu’elle n’a pas besoin de lui et plus elle le répète plus elle se sent seule. Elle refuse de
souffrir encore de leur façon de se parler et elle refuse de se rendre compte qu’elle souffre autant de son absence.
Non tout va bien, regardez, elle sourie non ? Elle chante non ? Elle danse, elle aime tant danser… tout va bien… elle se sent juste un peu seule . . .
un peu…
Elle ne doit plus penser à lui, il l’agace tant parfois à ne pas vouloir comprendre qu’elle est susceptible, ça l’énerve tant quand elle a l’impression de ne
pas être assez bien pour lui… il voudrait quoi d’abord, c’est quoi ce qu’il y’a de mieux pour lui ? Ce qu’il ne peut pas avoir … et elle, il l’a déjà ce n’est plus si important, ou bien le
mieux c’est l’autre celle dont il lui a parlé… oui voila elle doit penser a ça… au moins énervée elle ne ressent plus rien d’autre.
Elle est partie ce soir se balader laissant des traces de pas dans la neige immaculée. Un pas pour elle, un pas pour lui… Elle trace deux chemins cote à cote et
elle avance, main dans la main avec son absence.
Ils se sont allongés sur le tapis blanc et moelleux, elle s’est blottie contre lui et ils ont parlé longtemps en regardant le ciel étoilé. Il est allongé contre
elle, elle se sent si bien, elle passe machinalement la main dans ses cheveux blonds, observant avec délice les traits de son visage et son adorable sourire. Elle lui raconte tendrement l’effet
qu’il a toujours eu sur elle, l’amour qu’elle ressent pour lui en cet instant et combien elle a envie de l’embrasser, de l’avoir rien qu’a elle et tout a elle.
Elle rit, elle l’aime tellement, plus qu’elle ne le devrait, plus qu’il ne peut s’en apercevoir. Elle le regarde tendrement, lui raconte en riant combien de
fois elle a serré les dents en le voyant avec d’autres, elle ne voulait rien dire pour ne pas l’emprisonner. Elle ne lui raconte pas le nombre de fois ou elle a souffert, ou elle a été blessée,
elle a peur sans doute d’être chiante. Oh combien c’est doux d’être contre lui ! Combien de fois a-t-elle eu peur de lui dire qu’elle l’aime ? Combien de fois Lou n’a-t-elle pas voulu
aller le voir et l’embrasser en soirée lorsqu’une autre le drague de trop près, combien de fois n’a-t-elle pas voulu voir ce que cela ferait, ce qu’elle y verrait dans les yeux de l’autre, jamais
elle ne le fera elle ne veut pas être possessive.
Il rit, il l’a dit jalouse et un peu chiante… Elle, elle le dévore des yeux, elle voudrait qu’il soit à elle, entièrement à elle, que ses sourires ne soient
qu’à elle, que ses mains ne se posent que sur elle, que ses soupirs ne soient qu’à elle… mais c’est un homme elle en a conscience, elle ne doit pas trop le changer, pas trop lui en demander, il
aime les femmes ce n’est pas la une découverte, elle l’a aimé ainsi, elle ne doit pas l’enfermer pour qu’il réponde à ses désirs, on enferme pas ceux qu’on aime, on peux tout juste essayer de les
convaincre de rester. Elle aurait voulu être son unique…
Alors elle rit pour ne pas penser qu’elle a trop peur de le perdre un jour.
L’un contre l’autre sur le tapis blanc ils sont bien, il a ce sourire qu’elle aime tant, elle le regarde amoureusement et tout doucement elle lui dit ce qu’elle
n’a jamais su dire, les mots sont sortis de ses lèvres dans un murmure, dans un sourire, comme une pensée à voix haute, une évidence un peu secrète : « je t’aime tu
sais ».
Il lui répond qu’il le sait, il l’aime aussi même si elle est un peu compliquée et qu’elle s’énerve vite. Anne-lou répond par une petite moue enfantine en
réponse… elle le sait bien qu’elle n’est pas la plus belle c’est lui qui l’a dit plusieurs fois, elle sait bien qu’il ne la trouve pas très intelligente, il ne cesse de lui répéter, il en trouve
d’autres tellement mieux, pas la peine qu’il mente pour lui faire plaisir…
Il rit, ce qu’elle peut être susceptible parfois ! Il la charrie juste un peu, évidemment qu’il l’a trouve belle, et il ne serait pas sorti avec une sotte
. . . Elle se détend, elle est un peu rassurée, même s’il ne ferait pas n’importe quoi pour elle, même s’il ne semble pas amoureux, qu’elle lui plaise c’est tout ce qui importe pour le moment…
tout ce qui importe c’est qu’elle l’aime…
Le froid l’engourdit, elle bouge un peu…
Sa main rencontre une racine, elle rouvre les yeux sans trop bien savoir ce qu’elle fait là, elle est blottie contre son arbre, seule dans la neige… des larmes
doucement coulent, font fondre les flocons poudreux accumulés autours d’elle. Anne-Lou se sent si petite tout à coup, si seule, si faible et si idiote d’être venue là, seule dans la nuit claire,
sans prévenir quiconque… elle aurait du prévenir… mais qui ? Sa famille est partie en vacances, ses amis sont partis également, elle s’est de toute façon énervée contre eux le midi même
parce qu’ils ont une fois de plus dit qu’elle n’était pour les hommes qu’un objet de convoitise et pour lui aussi… et lui, même si elle acceptait qu’il la voit dans cet état est ce qu’il serait
venu… à ne rien attendre on est pas déçu, elle attend déjà trop de lui.
Elle a peur, elle ne sait pas si elle va arriver à se lever, comment a-t-elle pu venir jusque là sans s’en rendre compte ? Elle aurait du rester chez elle…
elle tremble trop, elle est trop faible, les douleurs du passé l’épuise tant… ses jambes ne la porte pas, elle retombe….
Elle s’accroche à l’écorce de l’arbre, quelqu’un passe à coté, la regarde sans s’arrêter. Elle pleure, sa vue se trouble, sa tête lui fait mal… Elle s’accroche
pourtant, elle tire sur ses bras jusqu'à ce qu’elle se retrouve debout et elle enlace l’arbre, à bout de souffle. C’est une chance que cela arrive encore rarement se dit-elle, peu de gens l’on
vue ainsi. Ses jambes tremblent, ses doigts sont engourdis, elle ne les sens plus du tout, elle ne sent pas l’écorce de l’arbre contre sa peau elle ne sent que les larmes qui roulent sur ses
joues et brulent sa peau glacée.
Elle doit rentrer maintenant, elle risque de tomber malade, elle a encore tant de travail… elle titube un peu entre les arbres, comme si elle avait bu, se
retenant à l’un, à l’autre. C’est ce que doivent croire les gens en la regardant avec ce drôle d’air ressemblant à de la pitié dans leur yeux.
Elle sèche vite ses larmes et elle relève la tête, toujours fière, elle n’a besoin de personne, elle sait toujours se débrouiller, elle l’a toujours fait, elle
ne dépend de personne.
Elle doit traverser le parc, et remonter toute la route jusque là bas, le chemin semble long mais elle doit tenir, même si le sol n’est pas stable, même si tout
tourne autours d’elle. Elle doit tenir jusque là bas. Elle serre les dents, elle serre les poings dans ses poches, elle doit y arriver…
Elle est retombée plus loin, proche de l’évanouissement, l’effort est trop dur, elle doit se laisser un peu de temps…
Oh si quelqu’un la voyait… Non ! On ne doit pas la voir comme ça, jamais !
Une deuxième fois elle se relève, plus doucement, elle oublie tout dans cet effort, elle oublie son amour, elle oublie son envie de le voir malgré le fait qu’il
la déstabilise et que dans ce genre d’état elle n’est plus en mesure de se protéger de lui, elle oublie qu’elle est poursuivie par un passé bien rempli, par sa solitude… elle oublie tout, elle ne
pense plus qu’à une chose, se relever, lever la tête, marcher droite et sure d’elle, avancer pas à pas, rentrer pour se reposer… elle se concentre de toute ses forces, elle en oublierait presque
de respirer…. Elle va y arriver, elle doit y arriver…
Elle y est arrivée…
Elle est tombée dans l’entrée à peine la porte fermée, heureusement ce soir elle est seule, cette fois elle n’aurait même pas pu aller jusqu'à son lit… Elle est
épuisée, le souffle court elle a du mal a respirer, elle se sent comme vidée mais elle doit pourtant trouver encore l’énergie de calmer les battements de son cœur, respirer jusqu'à ne plus
ressentir cette impression d’oppression, d’étouffement, et aller jusqu’au canapé peut être…
Et puisque personne ne peut plus la voir, elle se laisse enfin aller, elle pleure ce corps qu’elle a tant entrainé, elle pleure ce corps qui l’abandonne parfois
et dont elle ne peut rien faire, elle pleure son amour qui la blesse, elle pleure toutes ses faiblesses qu’elle ne sait combattre…
Et elle s’est endormie sur le sol, seule…
13 février,
Elle s’est réveillée dans la nuit par la fraicheur de la salle et elle est allée se coucher dans son lit. Elle s’est levée ce matin toute habillée. Elle a
encore rêvé de lui, elle a rêvé qu’ils étaient deux, qu’il serait là pour elle quand elle n’irait pas bien qu’elle pouvait lui dire, qu’elle pouvait lui faire confiance, elle a rêvé qu’il la
soutenait, qu’elle n’était plus seule face a tout ça, elle a rêvé qu’elle pouvait être faible face a lui…il l’aimait.
Elle s’est levée, au radar, se cognant comme toujours dans ces cas la dans la porte, elle en a rit, heureusement qu’il n’a jamais vu ça non plus ! Elle lui
cache tellement de petites choses dont elle a peur qu’elles lui déplaisent…
Elle n’a pas envie de manger, pas envie de sortir, de rester habillée correctement… Elle attrape un sweat d’homme taille L et un bas de jogging taille 44, elle
se regarde dans le miroir au passage, pas de pesée ce matin, elle doit avoir maigri de toute façon vu les événements du jour précédent. Elle se sent épuisée… Elle est partie se laver et elle est
retournée dormir. Combien de temps encore pourra t’elle tout gérer toute seule ? Combien de temps lui faudra t’il à lui pour découvrir qu’elle est si faible, si peu sure
d’elle ?
Elle aurait tant aimé pouvoir tout partager avec lui , on est plus fort quand on partage ses faiblesses et ses peurs avec la personne qu’on aime… elle est
amoureuse d’un homme avec qui elle ne peut partager ses faiblesses, elle est amoureuse d’un homme qui ne partage que peu de chose avec elle… elle est amoureuse d’un homme qui plus encore qu’elle
ne sait pas s’exprimer, ne sait pas comprendre… et elle a peur de ce qu’il va dire si elle lui en dit trop sur ce qu’elle est…
Elle s’est endormie…
Réveillée a 14h par les voisins, elle se lève et se plonge dans ses cours, elle s’y refugie comme si il ne lui restait plus que ça, elle veut oublier qui elle
est, elle veut oublier qu’elle aimerait le retrouver tout de suite, maintenant, qu’elle ne doit pas espérer qu’il tente de la retenir un jour, elle veut oublier qu’elle est solitaire,
indépendante, qu’elle ne se laisse jamais compter sur personne.
Et elle s’est couchée, seule…
14fevrier,
Lou s’est levée tôt pour préparer la St valentin. Elle pense à lui qui sort ce matin avec quelqu’un d’autre… peut être qu’il va quand même lui envoyer un
message dans la journée, lui rappeler qu’il tient quand même a elle, même si elle se tient un peu à distance pour d’obscures raisons… ?
Ce matin elle va préparer leur repas de ce soir, elle s’y met a la cuisine… au fond elle se sait bonne cuisinière c’est juste qu’elle voit rarement l’intérêt de
cuisiner…
Et puis elle est allée se préparer, elle veut être belle, pour lui… une heure devant le placard à essayer milles et un vêtement, tous rejetés un à un avec
dédain, pour retourner enfin sur le choix premier, un peu simple mais qui la met en valeur. Elle a les ongles vernis, elle a bouclé ses cheveux, elle s’est maquillée correctement… le résultat est
correct, elle se regarde dans le miroir, ça vaudrait la photo parfois, elle est plutôt mignonne…
Oh non, bien sur no ! Elle n’espère pas du tout qu’il vienne ! Il ne sait pas faire ce genre de surprise… mais c’est leur soirée, elle l’avait voulue…
elle voulait avoir au moins une fois dans sa vie une soirée parfaite… elle se demandait s’il aurait fait ça un jour pour elle… bien sur que non, elle doit faire elle-même ce qu’elle
veut…
Elle s’est mise à son bureau en attendant l’heure, elle a entrouvert la porte comme si elle s’apprêtait à recevoir un inconnu et elle a travaillé sans pause
jusqu'à l’heure qu’elle avait prévue. Elle ne veut penser a rien, ni a la douleur de son absence, ni a la souffrance qu’elle ressent quand elle pense à cet amour qu’on lui dit à sens unique. Elle
ne veut penser à rien, c’est sa soirée, personne ne la lui volera, pas même lui.
A 18heures enfin elle s’est levée lentement. Elle est allée fermer la porte, puis elle a préparé la table et leur repas. Elle les a installés dans le salon, en
face de la télévision. Il y’a deux couvert sur la nappe blanche, sur la table quelques pétales de roses, deux bougies, le bouquet de roses qu’elle s’est acheté le jour précédent. Elle a disposé
le menu dans les assiettes, le dessert sera plus tard.
Une fois que tout est installé, que toutes les bougies de la pièce sont allumées, elle s’installe à son tour sur le canapé, observant avec insistance l’autre
couvert. Non, elle ne doit pas y penser sinon elle va encore pleurer, c’est une belle soirée, elle doit sourire.
Elle met en route le film qu’elle a loué, elle se demande si ça lui aurait plu… elle fait comme si tout allait bien, comme si elle était forte . . . de toute
façon elle s’en fout, elle n’a pas besoin de lui pour se sentir bien, pas besoin de lui du tout. . . et blottie contre son fantôme, enlacée par son absence elle regarde ce film qu’elle aime tant,
se disant qu’avant, elle aussi voulait vivre une histoire aussi belle mais elle n’a jamais pu rêver longtemps…
Le générique final la réveille de sa torpeur pensive…
Elle se lève, elle range la table, jette l’autre repas, de toute façon elle est seule. Elle a sorti la bouteille de champagne du frigo, elle en a versé dans
deux coupes qu’elle a mit sur un plateau à coté d’une coupelle de chocolat fondu et de fruit coupés.
Une fois de plus elle s’est surprise à rêver, elle l’imagine derrière elle, elle imagine la chaleur de son corps dans son dos, ses mains sur ses hanches et le
doux frisson des baisers dans son cou…
Mais il n’est pas la, elle devra s’y faire, c’est elle qui a choisit après tout, elle savait si peu se protéger de lui…
Elle a amené le plateau dans la salle de bain a coté de la baignoire et elle a fait couler l’eau pour le bain. Puis elle est retournée au salon mettre en marche
la musique. Il est tard et la musique merveilleuse apaise ses souffrances. Elle a toujours aimé la musique, ça l’a fait tant vivre…
Elle a choisit ce soir une musique relaxante, douce, un peu triste pour que les notes épongent ses larmes. Et elle a dansé rêvant de ces fois d’avant où juste
amis, il venait danser avec elle, où elle se sentait désirée…
Elle est retournée à la salle de bain. La mousse la fait rire. Elle était petite la fois dernière qu’elle a pu prendre un bain avec plein de mousse. Elle
tourne, elle danse devant le bain, elle y jette par ci par là des pétales de roses rouges… ça semble si chaud si relaxant… Un instant elle l’a oublié, elle s’est sentie à sa place, seule face à
son bain, rêvant de son enfance bien trop courte et de tous ces rires qu’elle n’a pas eu.
Elle a allumé les bougies qu’elle a mis un peu partout dans la salle de bain, elle a éteint la lumière et est restée émerveillée, ce qu’elle avait fait était
très beau… toute ravie qu’elle était, elle a sourit, rayonnante un instant… Et puis en douceur, elle s’est remise à danser, un peu plus sensuellement, pour elle-même, pour le regard de son
fantôme… Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait plus dansé que pour elle-même et non pour se vendre….
Oh sans doute lui ne l’aurait il pas trouvé belle… qu’importe. En cet instant, délaçant lentement la guêpière ivoire qui l’enserre, laissant ses cheveux blond
retomber en boucles lâches sur ses seins nus, dansant sur la musique, elle se sent femme, elle se sent belle, et cette sensation est si reposante… elle n’a pas besoin de penser à ce qu’il en
aurait dit, pas besoin d’avoir peur de ne pas être assez bien pour lui, il n’y a qu’elle, elle et la musique…
Elle a laissé les vêtements tomber à ses pieds au rythme lent de la musique et elle est entrée dans le bain chaud avec le fantôme de son amour.
Les pétales de roses flottent, cachant sa nudité aussi bien que la mousse, elle a rit habillée uniquement de l’opacité de l’eau, elle a attrapé une coupe de
champagne à coté, un morceau de banane au chocolat, une fraise... et en silence sans prévenir les larmes se sont mises à couler sur ses joues, roulant sur son cou, sur le début de la rondeur de
ses seins avant de rejoindre l’eau du bain, comme une multitude de douleurs passées et présentes…
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